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Au Sénégal des atroces assassinats, la peine de mort n’est pas la solution

Posté par: Birame Ndiaye| Dimanche 20 novembre, 2016 03:11  | Consulté 270 fois  |  0 Réactions  |   

Morte égorgée, décédée des suites d’un acte qui rebute, qui, de plus en plus, pousse l’opinion dans ses derniers retranchements. Fatoumata Matar Ndiaye a été tuée de la manière la plus abjecte, dans un climat social de gangstérisme d’où fusent des réclames de peine capitale, mise à mort vengeresse des assassins. Certains s’en targuent sur la base des prescriptions confessionnelles. D’autres, plus rationnels, s’y engouffrent au nom de l’ordre et de la sécurité. Ni les uns, ni les autres ne rencontrent l’exigence de cohérence et d’efficacité d’une politique publique séculière de lutte contre l’insécurité.

À quoi bon appliquer isolément une norme de la charia si tout le reste, les mesures d’appui et les conditions d’intégrité sont absentes? Quand les thuriféraires de la morale religieuse s’appuient sur des recommandations de la loi islamique pour justifier la peine de mort, ils oublient souvent que l’application d’une telle prescription exige un environnement adhérent et convenable à la sanction. Avant de tuer au nom du Seigneur, il faut, à tout le moins, que la loi de Celui-ci l’emporte globalement sur les tentatives de gouvernance senties entérinées. Tuer au nom d’Allah et décréter au nom du peuple relève de l’insensé.

Par ailleurs, les réactionnaires réclament que les auteurs de telles vilénies soient cloués au pilori au nom de l’ordre et de la loi. Se sont-ils arrêtés sur les causes réelles des barbaries enregistrées? Non, les va-t-en-guerre veulent que ça cesse sans la moindre mesure des mutations sociales, source fertile de manifestation de la fureur de déséquilibrés mentaux. Selon le professeur Mamadou Habib Thiam, chef du service psychiatrique de l’hôpital de Fann, 1% des sénégalais souffre de troubles psychiques et comportementaux.

Tuons les fous, il en surgira d’autres plus cruels parce que paralysés, parce que perdus dans le concert des contradictions entretenues. Les paravents qui jusqu’ici ont servi de bouclier contre les assauts de l’individualisme ont foutu le camp. Et, tout détachés et docile que nous sommes, nous continuons à cafouiller en ces termes : «  nos valeurs inamovibles sont contre de telles adaptations ardues ». Hey! Ces valeurs dont nous nous targuons encore sont quasiment tombées en désuétude, elles sont délaissées ou reconverties au contact des références empruntées aux autres. Voici venue l’heure du bilan, celle de la juste mesure des bouleversements sociaux conduits par les nouvelles technologies, entre autres. Il faut sauver les âmes victimes de la flamme des propriétés privées ou périr dans les cendres de la communauté défaite.

Admettre la peine de mort sous prétexte d’un besoin de sécurité, c’est comme accepter la dictature afin de contraindre les citoyens à la discipline. Pourtant, nous voulons, par-dessus tout, que prime la souveraineté populaire, la représentation fidèle des masses critiques. Ainsi, la riposte contre l’inhumanité, contre la sauvagerie, contre les viles hommeries ne pourra suppléer les nécessaires et raisonnables méthodes préventives. En plus, la peine de mort est discriminatoire parce que habituellement utilisée contre les défavorisés.

Dans les pays qui ont interdit la peine de mort, les chiffres relatifs à la criminalité n'ont pas augmenté. Au Canada, le nombre d'homicides en 2008 était inférieur de moitié à celui de 1976 lorsque la peine de mort y a été abolie. En Arabie saoudite,  la peine de mort s’applique de manière disproportionnée aux étrangers qui ne parlent pas l’arabe. Par ailleurs, depuis la fondation d’Innocence Project aux États-Unis en 1992, beaucoup de détenus ont été libérés grâce à des tests d’ADN. Ceci remet en question l’infaillibilité du système de justice. 155 condamnés à mort ont été innocentés pour différentes raisons depuis 1971.

Birame Waltako Ndiaye

waltacko@gmail.com

 L'auteur  Birame Ndiaye
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Mots Clés: Peine de mort, Senegal
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Birame Ndiaye
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