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Destins croisés : nos ancêtres, les villageois

Posté par: Birame Ndiaye| Samedi 30 mars, 2013 19:20  | Consulté 1672 fois  |  10 Réactions  |   

« Je t’écris cette lettre pour te faire part de mes nouvelles et te demander l’état de ta santé et celui de la famille. Quant à moi, Dieu merci. » Ainsi se dessinait le préambule des courriers-liaisons adressés à la famille restée au village et dont nos plumes en assuraient la fréquence et la teneur. Ce style, figé dans le temps, imprimait la fierté du jeune adolescent, à peine instruit, répondant aux sollicitations d’oncle, de tante et de cousin venus des villages lointains du Sénégal de mon enfance.

Nous constituions, jeunes citadins, le bataillon de transmission opérant et assurant la communion des villes et bourgades dans ce paysage sans téléphone ni internet. Relayant secrets et mystères du monde rural encore dans le moule étroit des traditions, nous étions avisés des réalités du Sénégal des profondeurs par la force des choses. Ce n’est pas tant l’industrialisation urbaine que le manque de perspectives qui vide les zones champêtres et pastorales.

Débarquant, naïf et débonnaire, le campagnard prend pied mauvaise fortune bon cœur. Réalisant progressivement son détachement des valeurs authentiques qui ont guidé ses pas hors du bassin reclus des us et coutumes, le sentiment de s’être renié l’accable. Pour autant, l’orgueil et les commodités le retiennent dans la précarité urbaine. Le déséquilibre spirituel et moral le fait monstre et le précipite dans les apparences et superficialités des villes, pépinières des crises identitaires.  

Souffre-douleur, faire-valoir, baromètre des procédés d’assimilation, il développe douloureusement des mécanismes de conservation et de résilience en terre hostile. Non encore huilés aux subterfuges des complexes du nègre blanc, les chocs de l’ordre institutionnel nouveau font ressortir son manque d’assurance. Interprétés à tort comme de l’ineptie, ses écarts contrastent nécessairement avec les efforts espiègles d’occidentalisation des aspirants gaulois.

Portés par un impératif de survie, la ville-araignée l’attire et le ligote dans le piège de l’anonymat et de l’imprévisibilité du train-train hexagonal répandant sur lui le suc digestif du possible et de l’illusion. Sous couvert et à la charge de parents résignés, il s’accommode aux exigences de l’environnement et des artifices de la ville au prix du renoncement de soi.

Mi figue, mi raisin, il bascule dans le cycle malencontreux de découverte, de satisfaction et d’imagination de besoins nouveaux. La conviction d’avoir trahi ses origines et la crainte d’inaccomplissement le bousculent dans l’alcoolisme, la drogue, le grand banditisme et les troubles psychiques.

Tant que de tels phénomènes sociétaux ne mériteront pas, à juste titre, l’attention des pouvoirs publics, la gouvernance africaine se perdra dans la démesure, loin des véritables enjeux de développement humain. Combattre l’exode rural répulsif aura raison de la délinquance juvénile, de la crise du logement, des problèmes de mobilité urbaine et du chômage de masse.

Birame Waltako Ndiaye 
 L'auteur  Birame Ndiaye
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Commentaires: (10)
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Anonyme bi on March 31, 2013 (13:28 PM) 0 FansN°:1
Moi je suis citadin, je n'ai pas d’ancêtre villageois
Anonyme on March 31, 2013 (21:22 PM) 0 FansN°:2
L histoire du villageois qui se perd dans les gros villages comme dakar ou bamako, cela n existe plus. Que dire d un villageois comme moi qui fut directement projette de Tasseet a Paris sans escale a Dakar?
Ceddo-kaokao on April 2, 2013 (08:36 AM) 0 FansN°:3
Bel article. Conclusion cependant discutable, voire decevante. A la place du combat contre l'exode rural répulsif, responsable, selon vous, de toutes les misères urbaines, je propose un combat volontariste contre les disparités et le fatalisme(monde rural=pauvreté,absence de perspectives, contre milieu urbain=îlot de prospérité, bien-être, évolution culturelle). Ne soyons pas égoïstes ou hypocrites,nous pouvons tous aider à combler le fossé en faisant un effort: par devoir de solidarité, investissons dans le monde rural et accompagnons les "collectivités rurales" dans leur "révolution silencieuse".
Combattre l'exode rural passe  on April 2, 2013 (16:52 PM)0 FansN°: 723953
Combattre l'exode rural repulsif passe par la réhabilitation de l'espace rural:combler les disparités etc...
Dieuf on April 2, 2013 (19:53 PM) 0 FansN°:4
les sengalais ont de bonnes idees mais ne les executent pas meme si les moyens sont la....
il y a une carrence d'honnetete et de droiture dans ce pays.
Dieuf on April 2, 2013 (20:00 PM) 0 FansN°:5
Les Senegalais ont de bonnes idees mais sont incapables de les executees meme si les moyens fournis.
C'est malheureux pour ce pays.
Dieuf on April 2, 2013 (20:01 PM) 0 FansN°:6
Les Senegalais ont de bonnes idees mais sont incapables de les executees meme si les moyens fournis.
C'est malheureux pour ce pays.
Grammairien on April 3, 2013 (13:03 PM) 0 FansN°:7
Fautes de grammaire

"courrier-liaisons adressés" au lieu de
"courriers-liaisons adressés"
Prix on April 3, 2013 (17:01 PM) 0 FansN°:8
Grammairien, tu ne sembles pas être au courant de la nouvelle grammaire.
Prix on April 3, 2013 (17:01 PM) 0 FansN°:9
Grammairien, tu ne sembles pas être au courant de la nouvelle grammaire.

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Birame Ndiaye
Blog crée le 05/03/2012 Visité 329228 fois 125 Articles 2206 Commentaires 31 Abonnés

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