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Enfant d’émigré à son père modou-modou

Posté par: Birame Ndiaye| Dimanche 13 novembre, 2016 19:11  | Consulté 423 fois  |  2 Réactions  |   

Je m’adresse à toi père impréparé. Tes contes et tes appels à l’humilité me font encore passer pour un coincé, sans poigne parmi mes compétiteurs. Père embrouillé, tes inquiétudes et tes désillusions justifient certainement tes exigences saugrenues et imprécises de fidélité et de représentation. J’ai subi à foison les secousses de tes regrets d’ascendant fatigué de quêtes et de remords. Acceptons, à présent, nos différences pour nous innocenter mutuellement, pour toujours nous comprendre et nous chérir enfin. La personnalité que tu veux m’insuffler ne s’hérite pas. Elle doit dériver d’un legs partagé par une majorité et ratifié par d’authentiques liaisons sociales.

De grâce, ne me tiens pas responsable du choix déchirant de ta désertion. Tu as toujours dit avoir quitté ton pays pour soulager tes parents. À présent, tu dis être resté ici, ailleurs, pour ta progéniture. Si ces allégations peuvent noyer ta souffrance, c’est tant mieux pour toi, papa. Tu exiges de moi une posture d’enraciné que toi même perds, morceau après morceau, au contact des libertins et de leur ordre distinct. Peut-être qu’il aurait fallu m’initier à la force des foules férues de feux sacrés ou de la foi des soufis flegmes à toute futilité.

Père insécure, père imposant, gaillard sensible, tu m’as, à chaque fois, transféré tes peurs quand venait le temps de m’apprendre à bondir et rebondir pour devenir garçon digne et distingué. Est-ce parce que tu te surprends aliéné et arraché que tu attends de moi plus d’africanité, en compensation ? Précise d’abord les contours de tes identités trafiquées et fragmentaires. T’es pas persécuteur, t’es pas tendre pour autant. T’es pire que tout ça. Tu divagues, tu flottes en permanence, sans la posture admirable de tes modèles intransigeants ni même la carrure enthousiaste de tes contemporains.

Arraché à ta patrie depuis si longtemps, tu te promets encore fidélité et authenticité dans un décor hostile, distancé des repères du royaume disparu de ton enfance. Pourtant, tes règles et tes commandements approximatifs sont révolus jusque dans ton fief d’origine. Je ne peux pas répondre solidaire de ce fardeau insensé parce qu’inopérant, parce que déroutant même pour tes semblables. Tes déconvenues d’apprenant et de résistant culturel me poursuivent, m’acculent et me privent d’équilibre, du confort d’un sentiment d’appartenance.

Je suis né et élevé dans le bourdonnement tympanisant de ta tristesse d’exilé, de tes quêtes sans fin et de tes renoncements perçants. Ta volonté de survie et de réussite en terre d’accueil ont dévalisé et mutilé peu à peu ta fierté qui faisait croire à ton génie. Dégâts collatéraux, tes désillusions de migrant m’ont mouillé, pénétré et possédé entièrement. Elles m’en ont imposé tout autant qu’elles t’ont épuisé et isolé dans une lente et laborieuse agonie.

Que d’attentes inassouvies, que de frustrations ont rythmé nos rapports et nos fuites et nos petits pactes ! Je n’en peux plus de vivre au gré de tes déboires anciens et de tes ressentiments d’immigrant déçu. Ma vie d’enfant et d’adolescent n’a jamais été condition d'insouciance et simples critères d’apparence comme c’est le cas pour mes prochains, mes amis et mes stars. C’était beaucoup de triches et d’adaptations dans la sphère familiale, comme pour vous témoigner de ma loyauté. Le droit d’être simple et serein, sans motif ni accusation de trahison, ne m’était reconnu qu’au lointain.

Birame Waltako Ndiaye

waltacko@gmail.com

 L'auteur  Birame Ndiaye
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Commentaires: (2)
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Anonyme En Novembre, 2016 (12:09 PM) 0 FansN°:1
Je ne sais pas si c'est une autobiographie ou pas mais il ya assez de substances pour écrire une satyre sociale comme série de télé justement une fontaine de émotions non exploitée à fond. Je te parie que tu pouvais faire venir ton texte en vie à travers meme des enfants comme acteurs et expliquer aux immigrés qui ne peuvent pas lire , bcp se décideraient à rentrer. Belle plume comme toujours Waltako, je sens et partage ces émotions la pour les avoir en parti vécue.
Anonyme En Novembre, 2016 (12:17 PM) 0 FansN°:2
Belle plume, triste histoire à vivre pour un enfant et ils sont des milliers .

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Birame Ndiaye
Blog crée le 05/03/2012 Visité 894676 fois 357 Articles 10143 Commentaires 48 Abonnés

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