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Il était une fois un « kaw-kaw » à Dakar

Posté par: Birame Ndiaye| Dimanche 26 juin, 2016 02:06  | Consulté 28867 fois  |  24 Réactions  |   

« Je t’écris cette missive pour te faire part de mes nouvelles et te demander l’état de ta santé et celui de la famille. Quant à moi, Dieu merci… » Ainsi se dessinait le préambule des lettres adressées à la famille restée au village et dont nos plumes « boy town » standardisées en assuraient la fréquence et la teneur. Ce style figé, partagé par de jeunes citadins à peine instruits, répondait aux sollicitations d’hommes et de femmes venus du royaume d’enfance de nos pères et de nos mères.

Débarquant dans l’espace rébarbatif des cités, le campagnard encore naïf et débonnaire s’établissait, faisant contre mauvaise fortune bon cœur. Son ardente volonté de réussite et d’assistance des siens le précipitait dans les contorsions, agitations et superficialités des villes, pépinières d’aliénation et d’assimilation.

Nous constituions, tout-jeunes, le bataillon de transmission relayant confidences et arts de vivre. Réceptacles des craintes et espérances du monde rural, nous étions ainsi avisés jusqu’à l’infime banalité du Sénégal des profondeurs, encore dans le moule des mythes, des convenances et des traditions chastes.

Confronté à la nécessité d’affirmation et de séduction, le villageois, aspirant citadin, amuse la galerie des foyers hébergeurs et des assemblées branchées de sa ville d’adoption. Il s’ensuit très vite que le sentiment de s’être renié l’accable et le martyrise. Le confort de l’anonymat des zones urbaines le retient néanmoins dans la précarité. De toute façon, le retour au bled sans fortune et sans notabilité n’est même plus envisageable.  

Tantôt souffre-douleur, tantôt faire-valoir, il développe douloureusement des reflexes de conservation et de résilience pour survivre au traumatisme de « nandité new coming ». Non encore rodé aux réflexes malicieux du « boy town », son manque d’assurance et sa légèreté le distinguent et le poursuivent dans ce décor hostile. Interprétés à tort comme de l’ineptie, ses écarts de conduite tranchent et accompagnent les efforts renouvelés d’occidentalisation des citadins déjà rompus à la tâche.

Aspirant citadin, ce réfugié bascule dans le manège cyclique de découverte et de satisfaction des besoins nouveaux. Rattrapé souvent par sa pudeur, le sentiment de trahison et la crainte de l’inaccomplissement le bousculent parfois dans l’alcoolisme, la drogue, la prostitution ou le grand banditisme. Le lien est tout trouvé avec l’insécurité publique, la crise du logement, le problème de la mobilité urbaine et le chômage de masse. À la différence des mouvements de masses post-industrialisation de l’Europe, là, il est davantage question d’un exode rural répulsif, motivé en grande partie par un dénuement odieux.

La ville-araignée séduit, attire et ligote dans le piège du toujours possible, toujours plus loin. Conditionné par les besoins de survie, l’exilé finit par s’accommoder aux exigences et autres artifices de la ville, au prix d’un éprouvant renoncement de soi. Faute de subvenir aux besoins et attentes du bled, il campe, désespère et s’abandonne, en désespoir de cause, dans le tumulte farouche des villes monstres et ensorceleuses.

Birame Waltako Ndiaye

waltacko@gmail.com

 L'auteur  Birame Ndiaye
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Mots Clés: Kaw Kaw, Exode rural, Dakar
Commentaires: (24)
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Boy willâsse En Juin, 2016 (13:54 PM) 0 FansN°:1
AH souvenir , souvenir je me rappelle le jour où pour la première fois je débarqua à Dakar pour y passer mes vacances, obligé que j'étais tous les matins de tracer avec un bout de charbon tous les coins de rue où je passais afin de ne pas m'égarer pour le retour, au village on me disait toujours, moytoul bou bâkhe té kham fôye démm, sinon tu vas te perdre dé, donc malin comme un indien je traçais avec mon ptit bout de charbon toutes les maisonnées un grand "diâre nâfiii" , je ne vous raconterais pas mon aventure où un vieux de guerre lasse d'avoir à effacer tous les matins mes "diâre nâ fii" m'a prit la main dans le charbon, quelle matin, oh quelle matin d'enfer je passa entre les mains de ce tortionnaire de pâ, boulène insisté, je ne vous raconterais pas ma triste matinée
Anonyme En Juin, 2016 (22:21 PM)0 FansN°: 2614588
 :) .
ADIEMME En Juin, 2016 (13:59 PM) 0 FansN°:2
Occidental, citadin ou rural,le passage d'un état dans l'autre a toujours été fascination,assimilation,aliénation.Le regard d'en-haut ou d'en-bas est une méprise dans la nécessaire adaptation de l'individu à son nouveau cadre de vie.
Un Passant En Juin, 2016 (14:00 PM) 0 FansN°:3
Une mutation de la Société citadine vers une Société urbane avec son lot de difficulties et tracassweries multiples au quotidian.
Sa Matt Goloniaye En Juin, 2016 (14:10 PM) 0 FansN°:4
hi hi hi....Tres drole en meme temps instructif aussi tres inspire ....! Mais tu as ete dur avec Les "kaw-kaw".
Mais serieusement, l'auteur du texte n'a pas ete objectif.... regardez tous ces baol-baols ki menenr la belle vie avec leur tchiantts, lambes, khassaides et zicres dans dakar!
Stage En Juin, 2016 (14:22 PM) 0 FansN°:5
Et dire que l'on ose parler de Sénégal émergent alors que l'on est même pas foutu d'avoir des capitales comme tout grand pays qui se respecte. Ah j'oubliais! au Sénégal c'est normal, on ne parle plus que l'on agit. Allah kha Mboun!!!
Comprendra celui qui ouvert d'esprit!!!
Anonyme En Juin, 2016 (14:31 PM) 0 FansN°:6
Style lourd, pédant et insipide. Fond vide de sens. Fais plus simple ça ira mieux pour toi.
À toi le lâche En Juin, 2016 (14:42 PM)0 FansN°: 2614385
Di ngua dé dé
Anonyme En Juin, 2016 (14:40 PM) 0 FansN°:7
Tout un régal, beau texte très subtil. Tu écris bien Birame. Je suis jeune journaliste et tu m'inspires par ton style simple et direct.
Anonyme En Juin, 2016 (15:25 PM) 0 FansN°:8
Malheureusement, on est plus attentifs aux commerçants réussissant qui viennent de l'intérieur, mais il y a un grand nombre qui sombrent dans la drogue par exemple. L'exode rural est parfois la source des délinquances dans les grandes ville.
Anonyme En Juin, 2016 (16:17 PM) 0 FansN°:9
Kaw Kaw yi légui gno moom DAKAR
Grand town En Juin, 2016 (16:31 PM) 0 FansN°:10
Toute la racaille de Dakar vient de l'intérieur du pays. Dans les années 70, Dakar était un eldorado, avant qu'il ne soit pris d'assaut par les kaw kaw. Beau texte
Anonyme En Juin, 2016 (18:15 PM) 0 FansN°:11
ak kaw kaw gni amatoul thiossane yakar né boy town la gnou ,sougnou copin yi diougué wone kaw pour continuer leur étude yom gnép reussir nagnou ,légui boy town y nandité y téy yogne ser y
Yeet En Juin, 2016 (20:01 PM) 0 FansN°:12
Nous les kaw kaw, nous les kow kow, mais nous les Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade.
Arretez cette connerie de kaw kaw!!!!!!
Yeet En Juin, 2016 (20:01 PM) 0 FansN°:13
nous les kawkaw, maitres des villes
Anonyme En Juin, 2016 (00:05 AM) 0 FansN°:14
Merveilleux
Anonyme En Juin, 2016 (04:06 AM) 0 FansN°:15
un tres beau texte!!!!!!!!!!
Anonyme En Juin, 2016 (06:37 AM)0 FansN°: 2614867
texte vraiment insipide
Anonyme En Juin, 2016 (11:41 AM)0 FansN°: 2614956
Thie Dell a arrêté tes choses là et va le lui dire en face si tu as quelque chose dans le pantalon. Naka fayda
Anonyme En Juin, 2016 (11:43 AM)0 FansN°: 2614965
Thiendella
Boy Town En Juin, 2016 (06:36 AM) 0 FansN°:16
texte vraiment insipide
Boy Town En Juin, 2016 (06:36 AM) 0 FansN°:17
texte vraiment insipide
Boy Town En Juin, 2016 (06:37 AM) 0 FansN°:18
texte vraiment insipide
Kawa-kaw En Juin, 2016 (07:40 AM) 0 FansN°:19
J'aurais préféré que tu sois plus clair dans tes explications. L'idée est bonne mais les formules sibyllines ne permettent pas d'entrer dans le vif du sujet.
Le kaw kaw que je suis peut t'en écrire un livre  :) 

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Birame Ndiaye
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