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Je m’appelle Pape Alioune Seck et je suis talibé

Posté par: Birame Ndiaye| Samedi 16 mars, 2013 23:23  | Consulté 1555 fois  |  1 Réactions  |   

Je ne suis que le prétexte de vos tiraillements entre l’individuation et la primauté de l’idéal communautaire. Pendant que l’État semble veiller à ma protection, ses détracteurs targuent, haranguent et brassent la cage des valeurs. Je ne veux pas douter de votre bonne foi, mais les écarts entre les projections que vous faites de mon éducation et la réalité de vos propres enfants me laissent perplexe.

À 8 ans, né de parents démunis, hostie que j’ai besoin d’accompagnement pour m’accomplir comme citoyen puisqu’il est question de participation et de civisme. Oui à la sauvegarde des traditions, non au prix du sacrifice inutile sur l’autel de mon insouciance. Je ne perds pas de vue que le gouvernement ne veuille venir à mon secours que pour m’utiliser comme acte progressiste de bonne volonté, mais si c’est le prix à payer pour échapper aux mains rudes et impassibles de l’imposteur, ainsi soit-il.

Maodo m’a bien expliqué que toute la problématique se résume en ceci : les bouleversements postcoloniaux mettent les africains face au choix déchirant entre la suprématie de l’individu et la primauté de la collectivité. Par contre, mon questionnement sur l’instrumentalisation et l’argumentation contre l’interdiction des daaras me révoltent parce qu’elles ne sont que reflet luxuriant et fantasmatique projeté sur l’enfant d’autrui.

Vous qui défendez véhément la survie des repaires dans lesquels s’enferment, s’entassent et s’abusent de gentils mômes, expliquez-moi pourquoi vos chouchous rejetons ne sont pas mes camarades d’infortunes. Donnez-moi une raison valable de ma présence dans ses masures tortues et puantes qui me servent de dortoirs. Pendant que vos morpions se prélassent dans les piscines dont Maodo m’a dit que ça ressemble aux mares d’eau de mon village, je parcours les rues en quête de pitance pour le compte de l’enturbanné.

À toi, État, personne abstraite et programmé au détachement, je n’ai que mépris pour ton opportunisme et ta froideur. Tu me livres à la cupidité et à l’ignorance des mannequins de l’histoire triée et criblée. Ne suis-je pas personne à protéger, ne suis-je pas victime d’indigence ? J’attendrai le messie, celui qui nourrira au prix de son impopularité, le sens humaniste de ma délivrance.

Toute de suite, quand Paul De Gaulles, agent d’organisme non gouvernemental, m’a interpellé dans les rouages sombres de la mendicité, je me suis rappelé des instructions de Maodo : « Il ne t’approche que pour se servir ; aux yeux du monde civilisé, il veut justifier son traitement de nabab missionnaire aux terres des sauvages.»

Aux abois sur la rivière des dieux, je suis le témoin et l’objet des  luttes fratricides entre la modernité, promotion des droits individuels et du conservatisme, courroie des principes désincarnés du collectivisme. 

Birame Waltako Ndiaye

 L'auteur  Birame Ndiaye
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Mounabara on March 19, 2013 (01:13 AM) 0 FansN°:1
Je ressens honte et tristesse
Le phénoméne de l'individualisme et le manque de solidarité ont atteint des proportions demesurées. Les enseignements de Dieu ne sont plus respecctés.

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Birame Ndiaye
Blog crée le 05/03/2012 Visité 379848 fois 134 Articles 2814 Commentaires 34 Abonnés

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