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Le délit d’offense au chef de l’Etat, c’est du n’importe quoi

Posté par: Birame Ndiaye| Mardi 08 août, 2017 22:08  | Consulté 227 fois  |  0 Réactions  |   

Il aurait fallu que le chef de l’Etat soit juste pour que personne n’ait à dire et à redire des arrestations pour offense au chef de l’Etat ou injure publique. Il aurait fallu qu’il s’ouvre à la classe politique pour que les récriminations ne débordent pas des espaces réservés, dans une démocratie digne de ce nom. Que voulez-vous ? Quand tout est imposé aux objecteurs, réduits à leur plus petite expression, il ne leur reste nulle autre issue que de péter les plombs. La réaction de la chanteuse, Amy Collé Dieng, n’est que manifestation, en désespoir de cause, des coups fourrés et des machinations de la coalition au pouvoir. Ce n’est ni la loi qui s’impose ni l’ordre qui prévaut. Ce sont, en vain, les affres de l’autoritarisme qui tentent de couvrir les griffures de l’injustice.

Ils sont tellement matraqués de bluffs, tellement violentés par la puissance de l’argent que les citoyens indociles en arrivent à occulter l’engagement républicain pour ne privilégier que l’efficacité des moyens de lutte contre le doux diktat. Manifestement, les opposants clouent au pilori tous ceux-là qui jouent aux équilibristes, tous ceux-là qui essayent de faire la part des choses. Qu’importe si Macky Sall et sa bande s’appuient sur des dispositions légales qui les font passer pour une institution protégée; ils n’en sont pas dignes, du tout, disent à peu près les révoltés. Eh bien, ces derniers ont pourtant suffisamment de raisons ! Le pouvoir ne peut pas profiter exclusivement à un groupuscule et, en même temps, s’abattre de la plus sophistiquée des manières sur le grand public et sur ceux qui dérangent.

D’ailleurs, le chef de l’État porte en même temps la casquette de leader politique. Il est, de ce fait, engagé dans les batailles partisanes où le ton monte souvent et le langage salit très souvent. À cet effet, il est étonnant que la puissance publique opère à chaque fois que le statut de président de la république entre en conflit avec son autre profil de concurrent politique. Le jeu s’en trouve forcément faussé. Et si Amy Collé Dieng s’adressait au chef de la coalition Benoo Bokk Yakaar ? Il est temps d’arrêter ce cirque des républiques bananières avant que les sujets domestiqués à coup de feuillages législatifs et de faux-semblants ne se rebiffent définitivement. Soit, il n’est plus possible d’être chef de parti et président de la république. Soit, le délit d’offense au chef de l’Etat est enlevé de l’arsenal juridique.

La plupart des analystes et des observateurs disent que les propos de la chanteuse sont indécents, mais estiment tout de même qu’ils ne doivent pas justifier la chasse aux sorcières. C’est insensé et contradictoire de considérer une action comme étant nuisible d’une part et, de suggérer l’inaction d’autre part, malgré tout le risque de désordre. Cette aberration est symptomatique d’un grand malaise, de l’inconfort du sénégalais lambda, partagé entre le besoin de rupture et le désir de paix sociale. Par ailleurs, il est fréquent de voir des acteurs fustiger les atteintes aux droits civiques et libertés publiques et, en même temps, braver l’autorité, prôner la désobéissance et appeler au non respect des lois et règlements. C’est parce que le besoin de cohérence est rendue négligeable tellement les bévues des élus ont disqualifié les institutions, hors de tout doute raisonnable. Vaincre par la force du pouvoir, par la farce du ministère public et par les fonds de l’Etat, c’est ce qui s’impose aux sénégalais à qui il ne reste que l’indignation excessive, soubresaut du déshérité.

Dans une cérémonie étatique, le ministre Mbaye Ndiaye avait interrompu le président de la république pour entonner, dans un air de campagne électorale : « Ô fagni fagni fanfanfang, Wathiathia! Pour autant, le procureur ne s’était pas autosaisi pour offense à l’institution ? En réalité, même le procureur n’y est pour rien. Il reproduit machinalement le péché des plaqueurs préoccupés par leur seul prestige. Le plus drôle, c’est que même l’opposition y perd ses armes et ses arguments. Elle dit que les poursuites contre les offenseurs ne sont que diversions. Elle ne sait pas qu’en même temps qu’elle dérive du coup. Elle ne fait qu'interpréter comme d’habitude la conjoncture politique alors qu’il lui faut convaincre de la possibilité de sa transformation.

Birame Waltako Ndiaye

waltacko@gmail.com

 L'auteur  Birame Ndiaye
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Birame Ndiaye
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