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Le sous développement sénégalais sous l'angle culturel

Posté par: Birame Ndiaye| Dimanche 08 septembre, 2013 21:42  | Consulté 2667 fois  |  8 Réactions  |   

 

Cette capacité à résister à l’impératif de bonne gouvernance semble condamner les sénégalais aux actes de corruption, de clientélisme politique et de trafic de tout genre. Ils en sont là, étreints par la filiation parentale, obnubilée par une sournoise compétition interfamiliale ou clanique qui autorise et justifie les abus et entorses dans l’administration des services publics. Les conditions sociales du modèle économique libéral impliquent l’affaissement de la sphère familiale et ses contingences sentimentales sous le poids de l’individualisme et de l’anonymat.

Une société moderne, c’est surtout une organisation humaine libre des complicités émotives et des affinités domestiques dans la sphère des affaires publiques. C’est seulement quand les relations ne postulent qu’une superposition d’intérêts privés, que l’abstrait intérêt général s’impose comme arbitre et compromis. Si les pays du nord parviennent à un certain niveau de développement économique, c’est que la nature des organisations sociales le permet, le facilite et le conforte.

Socialement magnifique que de réussir pour ses parents et d’aider ses frères et sœurs, mais économiquement ceci reste improductif malgré les quelques retombés sur la consommation des masses. L’épargne privée, garante d’un bon système bancaire, en pâtit au point de précariser le secteur privé dont dépend le modèle de l’économie libérale. Avant d’interroger l’accès aux crédits des agents économiques, il y a lieu de pointer le doigt sur les conditions sociales défavorables aux placements et investissements financiers dans ce contexte particulier de redistribution, somme toute.

Par ailleurs, des personnes en situation de pouvoir vivant, s’embourgeoisant et se plastronnant de l’argent public se retrouvent dans la dèche une fois qu’elles perdent de tels privilèges. Ceci renseigne sur la destination généreusement redistributive des fonds illicitement dérobés. La corruption n’y est pas motivée par un phénomène d’enrichissement personnel, elle répond surtout, fut-elle répréhensible, à une pression sociale, notamment familiale, de pourvoir aux besoins des siens.

N’est-ce pas plus aisé de recourir à une demande de candidature pour un emploi quand l’employeur ne subit aucune sollicitation directe? Ignorant les disponibilités et les qualifications des plus proches voisins de paliers, ce n’est plus par conviction que par concours de circonstance, qu’il est amené à observer une démarche éthique. L’anonymat citoyen du monde occidental ne laisse autre choix que celui conforme au principe d’égalité.

Au Sénégal, la familiarité et la proximité accommodante qui résistent encore à l’assaut du modernisme nous fait juge et partie quand vient le temps de servir l’intérêt public. Népotisme ou sensibilité propre, ce penchant à se servir parce qu’on se confond davantage à ses proches, dépend moins de l’idéal de justice sociale que de la dimension douillette encore affective des liens sociaux. En réalité, la corruption et les détournements de deniers publics résistent à toutes les incantations légalistes, parce que toujours légitimes dans l’imaginaire collectif des masses.

Parce que l’occident a réussi à travestir les relations humaines en des liens sèchement civiques dénoué de tout sentimentalisme, il est parvenu à rationnaliser les rapports citoyens et professionnels. Pour que l’Afrique en arrive là, le sacrifice sanglant qu’exige le dieu du développement économique ne peut aboutir qu’à l’indifférence des uns aux autres. Le culte de l’intérêt public ne traduit pas une volonté partagée, il est conséquence de la déshumanisation des sociétés, il est alternative à la solidarité et à l’entraide, au plus bas des échelons de l’organisation sociale.

Riche, pauvre ou modeste, on renonce toujours à une partie de soi.

Birame Waltako Ndiaye

 L'auteur  Birame Ndiaye
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Commentaires: (8)
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Zahragnon on September 9, 2013 (17:53 PM) 0 FansN°:1
Quel beau texte. Quel courage! Il y a du chemin à parcourir car un revenu mensuel/20 personnes c'est carrément délirant et misérabiliste. D'autant que le salarié sacrifié ne savoure jamais sa réussite sociale. Il est là pour satisfaire les besoins des autres. Qu'il soit présent au pays ou, pauvre lui, elle, est à l'étranger. Quel long chemin à faire.
Zahragnon on September 9, 2013 (17:53 PM) 0 FansN°:2
Quel beau texte. Quel courage! Il y a du chemin à parcourir car un revenu mensuel/20 personnes c'est carrément délirant et misérabiliste. D'autant que le salarié sacrifié ne savoure jamais sa réussite sociale. Il est là pour satisfaire les besoins des autres. Qu'il soit présent au pays ou, pauvre lui, elle, est à l'étranger. Quel long chemin à faire.
Atypico on September 9, 2013 (23:05 PM) 0 FansN°:3
Voilà un texte rédigé par un homme capable de penser et de regarder la réaiité sénégaliase en face. Cependant on reste indécis sur la foncion que peut prendre ce texte ! Sert - il seulement à décrire ou à justifier un état paralysant le développement économique et social ? Sert - il à décourager ou à armer ceux qui veulent changer de pratiques et de mentalité. Prône t - il ou condanes t - il le néo - libéralisme qui s'avère partout destructeur des liens de solidarité non seulement familiale, mais de classe, de corporationn au profit d'un individualisme mortifère forcené et de plus en plus paranoïaque? A l'auteur de nous répondre s'il le souhaite dans de nouveaux textes de qalité!
Atypico on September 9, 2013 (23:05 PM) 0 FansN°:4
oilà un texte rédigé par un homme capable de penser et de regarder la réaiité sénégaliase en face. Cependant on reste indécis sur la foncion que peut prendre ce texte ! Sert - il seulement à décrire ou à justifier un état paralysant le développement économique et social ? Sert - il à décourager ou à armer ceux qui veulent changer de pratiques et de mentalité. Prône t - il ou condanes t - il le néo - libéralisme qui s'avère partout destructeur des liens de solidarité non seulement familiale, mais de classe, de corporationn au profit d'un individualisme mortifère forcené et de plus en plus paranoïaque? A l'auteur de nous répondre s'il le souhaite dans de nouveaux textes de qalité!
Anonyme on September 11, 2013 (02:23 AM) 0 FansN°:5
On renonce tjs une partie de soi. Certes, mais les contingences socioculturelles constituent, somme toute autant de (burden) que le renoncement aux identités de vie communautaire.Comment concilier les exigences éco. aux contraintes subies, endossées. La diaspora est-elle contributive au laxisme, voire à la desarticulation des mecanismes du marché? (deshumanisme)est une ambiguité lorsque le cadre d'expression éco se traduit par la volonté de soulager. . . Qui? Repenser les mecanismes ou le dispositf de regulation au-delà les rapports affectifs.
ACN on September 12, 2013 (05:19 AM) 0 FansN°:6
Well done my brother! your speech is so nice, enriching and pleasant. It's really too pleasant to read it. keep on keeping. God bless you!
@ citizen on September 12, 2013 (17:35 PM) 0 FansN°:7
beau texte concis et interessant!!! toutes nos encouragements!!!
@ citizen on September 12, 2013 (17:37 PM) 0 FansN°:8
Beau texte!! concis et très interessant!!

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Birame Ndiaye
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