Seneweb.com Accueil |   Gerer ce blog   

Vivre et laisser vivre, le Sénégal en couleurs

Posté par: Birame Ndiaye| Dimanche 12 mars, 2017 02:03  | Consulté 396 fois  |  0 Réactions  |   

Au plus petit geste, à la toute petite expression de joie ou de nostalgie, il arrive qu’on hésite à l’afficher. Pris de peur, pris entre le marteau des croyances populaires et l’enclume d’un déterminant passé récent. Il s’agit du décor culturel actuel, fait d’aspirations fondamentalistes et des résistances païennes. C’est juste un tube musical, « Mbargueth », de Youssou Ndour, un peu endiablé, que nous voulons poster sur un réseau social. Et, nous hésitons à passer à l’acte de peur de passer pour des dépravés, de peur d’être en décalage avec l’image de fidèles, attendue de nous.

Vous arrive t-il de vous blâmer dans votre for intérieur du fait des appels insistants d’affinité religieuse qui contrastent avec un ardent désir d’affranchissement? Bizarrement, s’ensuit aussitôt un vif véto du colis culturel, conservé contre vents et marées. Ce n’est pourtant pas de notre faute. La société, la culture n’a jamais précisé formellement à quel âge il faut arrêter de valser, de se tordre légèrement et de se laisser aller. Quand on est marié? Quand on a un statut public? Une fois qu’on est manifestement pieux et porteur officiel des dogmes?

Vous arrive-t-il de vous culpabiliser d’un attrait presque révolu, d’une soif d’immersion dans le royaume des ascendants, croyants transparents, quasiment contraints? En avez-vous eu une grand-mère qui, ne sachant réciter aucune sourate du livre saint, disait pour les besoins de la prière : « Dieu sait et moi-même je sais… Allahou Akoubar… ». Il y a à peine 2 décennies de cela que cela ne faisait même pas rire. Alors, ne vous-étonnez pas qu’on soit léger et révolté face à toute cette diligence ambiante prosélyte et intraitable.

Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est un creuset, un laboratoire qui héberge encore beaucoup de cas d’espèces, d’imprécisions. C’est un bastion d’indiscrétions et de prescriptions sincères, mais tellement décousues qu’elles passent pour ridicules sinon renégats. Mon pays est une toile kaléidoscopique, représentation du méli-mélo d’affluences et de beaucoup de jugements contraignants. Nous y louons l’amour rédempteur, nous y célébrons l’unité divine. Nous le voulons aussi fidèle aux coutumes en autant qu’ils n’obstruent pas la marche vers la refondation, mode arabisant, hellénique ou les deux à la fois.   

Démocratiquement blancs, spirituellement nègres et monothéistes en même temps, nous vivotons dans des contradictions aggravées de dénis travestis en volonté de puissance. Plus que le mal, c’est la résistance au mal qui absorbe et pulvérise nos énergies. Tant qu’à faire, laissons suer ceux qui veulent danser et tomber en transe, dans leur coin. Laissons tranquilles par ailleurs ceux-là qui veulent que leurs prières ne soient pas entachées de souillure. Il tient d’une conciliation entre l’expression personnelle et privée des tendances particulières et l’aménagement d’un espace communautaire convivial et respectueux des conformismes.

Il ne s’agira plus de juger l’autre sur son enthousiasme ou sa tendance à gambader et à jouir. Alors, il ne sera toléré de chacun que la liberté de choisir ses centres d’intérêts sentis et son cercle d’intimes semblables. Droit pour chacun de s’adresser sans-gêne à ses compères,  liberté des autres à détourner leur regard et pouvoir de l’État de veiller au grain. C’est aussi de la laïcité sans qu’il soit nécessaire de parler de séparation de pouvoirs ni de neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses.

Birame Waltako Ndiaye

waltacko@gmail.com

 L'auteur  Birame Ndiaye
Une faute d'orthographe, une erreur á signaler ? Une précision á apporter ? Ecrivez moi avec votre info ou votre correction et en indiquant l'url du texte.
Commentaires: (0)

Ajouter un commentaire

 
 
Birame Ndiaye
Blog crée le 05/03/2012 Visité 894617 fois 357 Articles 10143 Commentaires 48 Abonnés

Posts recents
Commentaires recents
Les plus populaires
Hey! Elle m’a appelé Tonton
Il était une fois un « kaw-kaw » à Dakar
Moubarack Lô! Expliquez-vous davantage
Aidez-nous, dites à Sidy Lamine Niasse de se calmer
« Musulmenteur »: entre culpabilité et délivrance